Il y a quelques semaines, je suis allé à Kyoto !

Ce n’est pas un voyage que je souhaitais faire. Je continue à penser que ce n’est pas une très bonne idée de voyager en ce moment (d’ailleurs, je ne cesse d’être « surpris » par le nombre de personnes en Europe qui ont recommencé à le faire). Mais c’est un voyage que je devais faire afin de pouvoir renouveler mon passeport.

La procédure elle-même n’a duré qu’une vingtaine de minutes, ce qui signifie que j’étais libre pour le reste de l’après-midi.

Kyoto est dans une situation très étrange en ce moment.

Ces dernières années, elle était devenue de plus en plus populaire auprès des touristes étrangers, jusqu’au point de saturation ! Honnêtement, elle était devenue tellement bondée de touristes que ça fait des années que j’évitais d’y aller, même quand j’en avais l’occasion. Ce n’était tout simplement plus une expérience agréable que de s’y rendre. Cependant, avec la fermeture des frontières du Japon, la ville est devenue pratiquement vide ! Pas totalement vide, bien sûr. Il y a environ 1,4 million de personnes qui y vivent. Et il y avait même quelques touristes japonais. Cependant, la ville semblait plus vide que je ne l’avais jamais vue auparavant et… vous savez quoi ? Pour la première fois depuis longtemps, il était agréable de se promener dans ses rues. Même les habitants semblaient plus détendus et plus amicaux que d’habitude.

Voici quelques photos de cette journée avec quelques commentaires.

 

 

Comme de nombreux autres voyages, celui-ci débuta avec une traversée du Grand Pont de Seto ! C’était la première fois que je le traversais en deux ans, et la première fois que je prenais le train en quatre ans ! J’ai moi-même du mal à y croire…

 

Petite anecdote en passant : cette île s’appelle Matsushima. Plus personne n’y vit depuis deux ans, mais par le plus grand des hasards, je l’avais visitée pour la toute première fois trois jours plus tôt. Je vous raconterai la chose tôt ou tard sur mon autre blog, celui dédié à la Mer de Seto au Japon, ses îles et le reste.

 

À la gare d’Okayama, j’ai appris l’existence du Shinkansen de Hello Kitty !

Mais je ne suis pas monté dedans, mon train était un Nozomi tout ce qu’il y a de plus normal.

 

En arrivant à Kyoto, ou du moins dès que j’ai quitté la Gare, et malgré le fait que la ville m’a tout de suite paru moins animée que dans mes souvenirs (c’était mon premier voyage sur place en sept ans, presque jour pour jour), je me suis senti un peu agoraphobe. Je n’avais pas mis les pieds dans une grande ville depuis le début de la pandémie, et même dans Takamatsu, où je vis, je fais de mon mieux pour éviter les foules (et le béton) autant que possible.

Il me restait beaucoup de temps avant mon rendez-vous avec l’agent consulaire, alors j’ai pris le métro (heureusement, il n’était pas bondé à cette heure de la journée) et je me suis dirigé vers le « Central Park » de la ville, Kyoto Gyoen de son vrai nom.

Je me souviens d’un endroit sans foule, même lorsque la ville était pleine de touristes, et cette fois-ci, j’ai retrouvé le parc exactement comme je l’espérais. Il était presque entièrement vide de monde :

 

Si de nos jours, ce n’est « qu’un » très grand parc, il fut un temps où c’était le cœur de Kyoto. La résidence de l’Empereur se trouvait en son centre et elle était entourée de l’un des quartiers les plus riches et les plus importants du Japon. Celui où la haute aristocratie vivait.
Puis, lorsque l’Empereur a déménagé à Tokyo au XIXe siècle, l’aristocratie, ou ce qu’il en restait, a fait de même et la zone est devenue ensuite un grand parc.

Pour ceux d’entre vous qui trouveraient cela surprenant, n’oubliez pas qu’au Japon, le déplacement de la capitale d’une ville à l’autre, généralement au gré des changements d’empereurs, n’était pas rare dans le temps. Kyoto a été la capitale pendant le plus longtemps avant de déménager à Tokyo, mais avant elle, d’autres villes se sont succédées pour ce titre. Et qui sait, Tokyo ne restera peut-être pas éternellement la capitale non plus.
Ajoutez à cela le fait que les bâtiments ne sont pas une chose considérée comme permanente dans l’esprit des Japonais, et on comprend mieux comment un des quartiers les plus importants du pays fut un jour pratiquement rasé sans qu’il y ait eu pour autant aucun cataclysme d’aucune sorte.

Cela dit, le Palais de l’Empereur est toujours là, et il est toujours utilisé par la famille impériale. C’est aujourd’hui une sorte de maison de vacances royale, je suppose.

Voici l’entrée principale du palais :

 

Pour je ne sais quelle raison, on n’a m’a pas laissé y entrer.

Blague à part, il est en fait tout à fait possible de le visiter, mais il faut prendre rendez-vous, montrer patte blanche et toutes sortes de choses. Ce n’est pas une visite qui s’improvise.

 

En dehors du palais, le parc regorge de nombreuses choses intéressantes ici et là :

 

 

Ensuite, je me suis rendu à l’Institut Français tout proche pour m’occuper de mon passeport. C’était un sentiment très étrange que de croiser des Français et des francophones en nombre là-bas. De nos jours, je ne parle plus français qu’avec mes amis et ma famille, et presque jamais avec des inconnus. Alors pour une drôle de raison, cet endroit m’a paru soudain très étrange. Tous ces gens que je ne connaissais pas utilisaient « ma » langue, celle qui est habituellement réservée aux personnes qui me sont proches. De plus, ils avaient des accents régionaux que je n’avais pas entendus depuis des années. Si vous avez déjà ressenti une sensation de dépaysement dans la familiarité, vous voyez ce que je veux dire.

Cela m’a aussi rappelé que les Français émigrés au Japon (et dans d’autres pays aussi) ont des expériences de vie à l’étranger très différentes selon l’endroit où ils vivent. Là-bas, à Kyoto, il y a suffisamment de Français pour y former une communauté française. J’imagine un certain nombre de Français se fréquentant plus ou moins, et ayant formé une sorte d' »îlot français » ensemble.
Pas à Takamatsu. Nous y sommes une dizaine de Français au plus, et – à quelques exceptions près – nous ne nous voyons pas vraiment régulièrement et avons chacun notre vie de notre côté.

 

Après avoir quitté l’institut, il me fallait prendre une décision. J’avais environ quatre heures devant moi avant le train de retour. J’étais très tenté d’aller visiter un nouvel endroit pour la première fois. Mais j’étais également tenté de retourner dans un endroit connu pour pouvoir le découvrir sans touristes.

 

J’ai opté pour l’endroit connu.

Surtout parce que je n’avais pas beaucoup de temps et que je ne voulais pas prendre le risque d’en perdre une partie en prenant un mauvais tournant ou quelque chose du genre, etc. De plus, j’aime beaucoup Higashiyama, et ce n’était relativement pas très loin de l’Institut Français (lui même situé en face l’Université de Kyoto).

J’ai raté le bus pour Higashiyama.

Bien sûr, le suivant n’était que quelques minutes plus tard, mais comme je n’avais pas trop envie de prendre beaucoup de bus et de trains (rappelez-vous, j’étais dans une grande ville pour la première fois depuis le début de la pandémie, les transports publics ne sont pas une chose dans laquelle je me sens encore très à l’aise), j’ai donc décidé de marcher.

D’abord, je ne marche pas vraiment assez ces temps-ci, ce serait donc une bonne séance d’exercice. Ensuite, c’était aussi l’occasion de découvrir des parties de la ville que je ne connaissais pas (et donc de faire d’une pierre deux coups quant à mon choix précédent).

Au final, j’ai marché tout le reste de la journée, sans jamais prendre le bus ni le métro jusqu’à mon retour à la Gare.

J’ai marché environ 22 km. Ma plus longue marche depuis de nombreuses années.

J’ai eu très mal aux pieds ce soir-là, mais je me suis senti tellement bien en même temps.

 

 

 

 

Higashiyama

 

Yasaka-jinja, presque vide. La plupart des touristes que j’ai rencontrés ce jour-là étaient de jeunes couples (en lune de miel ?) et des élèves de collège. Je me demande si je vais toujours à Kyoto pendant la saison des voyages scolaires, ou si c’est la saison des voyages scolaires toute l’année. Mais en gros, chaque fois que je suis allé dans la ville, une grande partie des touristes étaient des collégiens en voyage scolaire.

Bien sûr, il y avait aussi un bon nombre de retraités. Cela va sans dire au Japon.

 

 

Higashiyama et la plupart de ses rues étaient déserts, et bien souvent, j’étais seul pendant quelques minutes. Des moments magiques.

 

 

La raison principale pour laquelle j’ai opté pour retourner à Higashiyama (un des quartiers de Kyoto que je connais le mieux) plutôt que de découvrir un nouveau coin de la ville est que je voulais vraiment profiter de Kodai-ji sans foule autour de moi. Ce n’est peu-être pas le temple le plus spectaculaire de la ville, mais c’est probablement mon préféré.

Et effectivement, nous ne fûmes pas plus d’une dizaine de personnes le visitant en même temps.

 

 

Gion-kaku et Daiun-in depuis Kodai-ji

 

(cliquez sur les images pour les voir en grand)

 

Malheureusement, le bâtiment principal et son jardin sec étaient en rénovations (d’où leurs absences dans les photos ci-dessus) mais bon, je ne vais pas me plaindre vu que j’ai eu tout le reste du temple pour presque moi tout seul.

 

Oh et puis, juste en bas de Kodai-ji, il y a cette petite rue qui est probablement l’une des plus belles du Japon.

 

 

En descendant la rue, j’ai commencé à voir de plus en plus de panneaux indiquant que les photos n’y étaient pas autorisées ! Oups, j’espère que je ne vais pas m’attirer des ennuis.
En fait, je peux très bien imaginer à quel point cela doit être problématique pour les résidents lorsque la ville est remplie de touristes étrangers qui confondent Kyoto avec une sorte de parc d’attractions. Et je comprends parfaitement pourquoi les photos n’y sont plus les bienvenues.
Cependant, comme je n’ai croisé qu’une seule et unique personne dans cette rue, je pense que l’on peut considérer que l’interdiction de photographier ne s’applique pas vraiment à la période actuelle.

 

Réfléchissant à ma destination suivante, je me suis dit que c’était peut-être la seule chance de ma vie de voir Kiyomizu-dera sans touristes !
Si vous ne connaissez pas, il s’agit de l’un des temples les plus célèbres – et les plus fréquentés – de Kyoto, voire du Japon et il n’est pas très loin de l’endroit où je me trouvais. J’y suis donc allé.

Si vous vous demandez, il est assez habituel pour les touristes de se vêtir de vêtements traditionnels quand ils visitent Kyoto, surtout les femmes que l’on voit souvent en kimono ou en yukata selon la saison.

 

 

Cependant, comme vous pouvez le voir, plus je m’approchais, plus il y avait de monde. Bien sûr, les touristes étrangers sont partis, mais les touristes japonais sont toujours là, et Kiyomizu-dera reste l’une des principales destinations touristiques du pays, pandémie ou pas (et l’état d’urgence venait d’être levé quelques jours auparavant, donc nombreux étaient les gens qui avaient envie de se balader un peu).

Bien que je sois sûr que la foule était totalement gérable au temple, j’ai quand même changé d’avis et j’ai fait demi-tour. Je n’étais tout simplement pas d’humeur à affronter une forte fréquentation de quelque lieu que ce soit ce jour-là, surtout quelques minutes après avoir fait l’expérience de Higashiyama d’une manière inoubliable et inespérée.

Donc, à la place, j’ai marché vers l’ouest et vers la rivière. Si vous connaissez la ville, vous savez où cela mène, sinon, vous le verrez dans quelques photos.

 

J’ai trouvé ces maisons très intéressantes sur ma route.

 

Ma destination suivante était donc Gion, le célèbre quartier des geishas. Là aussi, des pancartes indiquant que les photos ne sont pas autorisées abondaient, alors bien que la traduction en anglais n’était pas claire (qu’est-ce qui constitue exactement une « rue privée », puisqu’il ne semble pas y en avoir dans le quartier ?), je ne voulais pas prendre le risque d’agacer qui que ce soit, au vu et entendu de certains incidents des années pre-Covid, je crois que les résidents de ce quartier ne portent pas vraiment les tourites dans leur cœur, donc même en cette période spéciale, je ne voulais pas courir le risque d’offenser qui que ce soit.

Pour cette raison, voici la seule photo que vous verrez aujourd’hui du « cœur » de Gion :

 

Toutefois, aucune pancarte similaire dans la partie nord de Gion, au bord de la Shirakawa et autour :

Mais même là, on y trouvait cette affiche :

Vraiment, c’est désolant d’en arriver là. Une autre preuve – comme s’il en était besoin – que le tourisme de masse est une activité plus destructrice qu’on ne l’imagine parfois.

 

 

Je viens de mentionner que Gion est le quartier où l’on peut voir des Geishas. Vous devez vous demander si j’en ai vu. Il était bien trop tôt pour cela. Elles sortent généralement dans les rues lorsqu’elles se rendent d’un rendez-vous à l’autre, et cela se passe le soir, bien souvent à la nuit tombée.

Cependant, je sais à peu près où se trouvent certaines okiya (maisons de geisha), je me suis promené un peu dans cette partie de la ville, et voilà qu’une geisha vaquait à ses occupations.

 

Comment est-ce que je sais qu’il s’agissait d’une geisha vu qu’elle était « en civil » ? Ok, je n’en suis pas certain à 100%. Cependant, lorsqu’elles ne travaillent pas, elles portent des kimonos, certes bien plus simples que leurs kimonos de travail, mais toutefois bien plus élaborés que des kimonos ordinaires portés par le commun des mortelles. Donc, voir une jeune femme portant un tel kimono dans cette partie de la ville ne laisse guère de place au doute. Et la photo n’est pas de meilleure qualité exprès. J’ai attendu qu’elle fut éloignée pour prendre la photo afin de respecter son intimité.

Oh, et comment est-ce que je connais l’emplacement d’au moins une okiya alors que je ne connais même pas Kyoto très bien ? Complètement par hasard !
Un jour, quelques jours seulement avant l’un de mes précédents voyages à Kyoto, je regardais un documentaire sur une maiko (apprentie-geisha), sa formation, sa vie quotidienne, etc. La majeure partie du documentaire était tournée dans et autour de son okiya, et quand je suis arrivé en ville quelques jours plus tard, j’ai retrouvé le bâtiment par le plus grand des hasards alors que je marchais dans le quartier.
Non, n’insistez pas, je ne vous dirai pas où il se trouve 🙂 .

Par contre, si vous voulez en savoir plus sur les Geisha de Kyoto, je vous invite à lire cet article que j’ai écrit il y a quelques années, et après une journée riche en rencontres (et alors que le tourisme commençait doucement à se dégrader dans la ville) :

Les Geishas de Gion

 

Une pause bien méritée au bord de la Kamogawa.

 

À ce stade du récit, mes pieds commençaient à me faire quand-même un peu mal. Mais après un mini-débat interne, j’ai décidé de continuer à marcher jusqu’à la gare de Kyoto. Je voulais aussi voir des morceaux non-touristiques de la ville.

Je n’ai pas pris beaucoup de photos après ça, juste une en fait. La voici :

 

Par contre, j’ai filmé un peu plus.

Donc si vous souhaitez aussi voir quelques images qui bougent de Kyoto avec des rues presque désertes, je vous invite à visionner cette vidéo que j’ai filmée en même temps que je marchais et prenait toutes ces photos (les textes sont en anglais, mais sinon la vidéo est sans paroles) :

 

Voila, c’est tout pour le moment.

J’espère que vous avez apprécié ce récit d’une journée à Kyoto sans touristes.

Honnêtement, c’était une excellente journée, et cela m’a vraiment fait aimer Kyoto à nouveau. Il s’agit vraiment d’une ville merveilleuse, mais elle est aussi devenue victime de son succès ces dernières années.

Que se passera-t-il lorsque la pandémie sera terminée ? Personne ne le sait.

D’après ce que j’ai compris, les habitants de Kyoto ont des sentiments mitigés face à la situation. La plupart sont heureux de retrouver leur ville. Une ville qui a toujours été fière de ne pas être surpeuplée et d’être restée à taille humaine, contrairement à , par exemple, sa voisine Osaka. Mais d’un autre côté, une grande partie de l’économie tourne aujourd’hui autour du tourisme, et on peut voir que certains commerces ne se portent pas très bien (par exemple, le restaurant où je me souviens avoir mangé lors de mon tout premier jour dans la ville, en 2010, a fermé, et cela semble très récent).

La ville pourra-t-elle trouver un moyen de générer une forme de tourisme durable lorsque les choses reviendront à la normale ? J’espère qu’elle le pourra. Nous verrons bien.

 

À suivre ?

 

Si vous avez apprécié cet article, n’hésitez pas à le partager avec vos amis et vos contacts.

 

Par ailleurs, si vous voulez en savoir plus sur ma vie au Japon, je vous invite à découvrir mon blog dédié à ma vie sur place :

 

 

2 commentaires sur “Kyoto sans touristes !”

  1. Véronique Slim - De Puysseleyr

    Merveilleux reportage. Merci
    Toujours un plaisir de vous lire
    Avec l’espoir de retourner encore une fois dans la vie au Japon

  2. Merci David pour ce beau reportage et long témoignage qui m’a fait voyager un moment au réveil. Je suis allée à Kyoto et dans la mer de Seto en 2019. Cela a du être une étrange sensation que de voir tout cela sans touristes. J’ai découvert que je n’avais pas vu certains lieux importants. J’espère y retourner.
    Merci aussi pour votre récit de ce retour dans une vie confinée pendant 2 ans…
    Portez-vous bien, _/\_

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